Ainsi,
toujours poussés vers de nouveaux rivages, dans la nuit ternelle
emportés sans retour, ne pourrons-nous jamais sur l'océan
des âges jeter l'ancre un seul jour ? Un
soir, t'en souvient- tu ? Nous voguions en silence, on n'entendait au
loin, sur l'onde et sous les cieux, que le bruit des rumeurs qui frappaient
en cadence nos coeurs harmonieux. Tout à coup des accents inconnus
à nos coeur au loin frappèrent les échos. Mon coeur
fut attentif, et la voix qui m'est chère laissa tomber ces mots
: " O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices suspendez
votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus
beaux de nos jours ! Aimons donc, de l'heure fugitive, hâtons-nous,
jouissons ! Le temps n'a point de rive. Il coule, et nous passons !
" Mais je demande en vain quelques moments encore. Le temps m'échappe
et fuit. Je dis à la vie : " sois plus lente "; car
l'aurore va dissiper la nuit de nos vies libertines.